La frustration du tricot

(article publié le 19 mars 2013)

Le coffre à dentelles ouvre l’étage des souvenirs…

Cette fois, la laine n’était pas bleue comme pour le crochet, mais orange.

La frustration du tricot dans Tricot capture

Suite au décès de son mari, ma chère Mamina est venue vivre dans le même village que le reste de la famille. Un 24 décembre, elle est venue dîner avec nous. Après un long long repas, qui m’a semblé durer une éternité, je lui ai dit que, comme cadeau de Noël, je voulais, enfin, apprendre à tricoter ! La semaine suivante, nous avons remis ça, un long long repas, à l’occasion du 31 décembre. Mais cette fois, Mamina était équipée : de son sac, elle extirpa une pelote de laine orange et une paire d’aiguilles.

Elle monta les mailles, me montra un rang en point mousse, et, toute la soirée, elle supervisa mon travail. Au hasard de mon déménagement, j’ai retrouvé cette pelote et la conserve pieusement

Mais un regret demeure : j’aurais tant aimé en apprendre plus. Par deux fois, j’ai laissé passer ma chance.

Lorsque j’étais bien plus jeune, je vivais sous le même toit que mon arrière grand-mère. Celles et ceux qui l’ont connue vous parleront d’une toute petite vieille dame, courbée par le poids des années, au visage marqué par la maladie, à la respiration douloureuse mais au verbe haut. Moi, je me rappelle de ses yeux, perçants, d’une couleur difficilement définissable, mi-noisette, mi-verts, de ses mains, déformées par l’arthrose et surtout de ses histoires. Elle contait bien les histoires.

Lorsque j’ai eu 6 ans, elle avait tenté de m’apprendre le tricot, mais je n’étais pas vraiment prête. Le crochet était beaucoup plus simple pour moi. Cependant, je me délectait de la voir tricoter alors qu’elle me racontait une histoire, son histoire. Elle assise sur son fauteuil, une pelote sur ses genoux, ses doigts déformés maniant avec toujours autant d’agilité ses aiguilles, moi, assis sur son repose-pieds, je me laissais hypnotiser par ce spectacle.

L’histoire qui m’a le plus émue est celle-ci. La Seconde Guerre Mondiale faisait rage. Son époux, mon arrière-grand-père, a été appelé sur le front, au sein des chasseurs alpins. L’hiver 1940 a été rude. Un jour, elle reçut une lettre de son mari. Après sa journée de travail, elle a donné à souper à sa petite fille de 6 ans et la coucha. Elle alluma une bougie dans sa chambre, se mit sous sa couverture et entreprit la confection d’un pull… Toute la nuit durant, elle tricota. Au petit matin, elle emballa ce vêtement et l’envoya à son mari, pour ne pas qu’il meure de froid sur le front.

Une de mes résolutions, cette année, est d’arrêter de vivre dans le regret. Je vais apprendre le tricot ! (ce qui donnera, une fois de plus, l’occasion à mon cher et tendre, de me dire que je ressemble à ma grand-mère ! )

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